Manompana est un village de 6000 habitants situé sur la côte nord-est de Madagascar dans la région d’Analanjirofo, à environs 200 km au nord de Tamatave, en face de l’ile Sainte- Marie.

La commune de Manompana est une zone très enclavée qui comporte des paysages de toute beauté. On arrive en général au village après une à deux journées de taxi brousse dont la progression est constamment ralentie par les bacs, les pannes ou la marée haute.  C’est un village traditionnel calme et paisible, entouré par des collines verdoyantes, et posé sur le sable entre cocotiers et badamiers, au creux de la vaste baie de Tintingue, ceinturée par une triple barrière corallienne. La baie de Tintingue est limitée à l’Est par une presqu’île appelée Pointe Mahela. Cette presqu’île riche en histoire est un ancien repaire de pirates. L’enclavement du village (la route nationale 5 est une piste en sable difficilement praticable) lui a permis d’être épargné par l’urbanisation, et ce malgré son fort potentiel pour le tourisme balnéaire de masse qui ne lui font rien envier à Ste Marie ou à Nosy Be. Les paysages du bord du fleuve sont quant à eux encore bien préservés tandis que ceux de la forêt ou de la mangrove sont fortement menacés par l’érosion et les déboisements.  Enfin, les paysages de rizière sont les moins menacés dans la mesure où la riziculture est une pratique culturelle très forte, vitale à la survie des villageois.

 

La commune de Manompana compte officiellement 18 875 habitants pour une superficie de 720 km², soit une densité moyenne de 26 habitants au km².  La population est inégalement répartie sur l’ensemble de la commune: le fokontany de Manompana, chef lieu de la commune, compte 5 875 habitants.

 

La terre,

 

c’est à dire pour les paysans l’espace cultivable, n’est pas encore considérée comme une ressource rare. Il en va autrement du capital, les populations rurales étant majoritairement très pauvres. Les paysans ont clairement conscience que la superficie cultivée dépend directement de la force de travail disponible. C’est donc en augmentant leur force de travail et l’espace cultivable qu’ils cherchent à sortir de leur état de pauvreté. Cet état d’esprit entraine une déforestation rampante qui porte vraiment préjudice à la conservation du fragile écosystème local.

 

Le riz

 

constitue la base de l’alimentation malgache et son calendrier de culture conditionne toute l’organisation de la vie villageoise. Chaque villageois, y compris les plus riches, sont donc cultivateurs.

 

L’agriculture

 

pratiquée à Manompana peut être considérée comme « archaïque [1]» La population n’ayant jamais connu de période de famine grave, elle n’a jamais eu à innover dans ses pratiques culturales. La nature est tellement généreuse que pendant très longtemps les habitants se contentaient d’être des chasseurs cueilleurs, avec comme seule production agricole la culture du riz. L’augmentation de la population, la déforestation associée au changement climatique, plongent la région dans une des ses crises alimentaires les plus graves. Les paysans sont conscients qu’ils doivent changer leurs pratiques agricoles, mais peu ont les moyens de le faire.

 

L’abattis-brûlis apellé tavy, pratiqué à Manompana, comme partout à Madagascar reste la première cause de déforêstation et de perte de fertilité des sols:

 

La culture de tavy

 

se fait sur les collines (tanety). C’est une riziculture pluviale itinérante sur abattis-brûlis, et on y cultive le riz de montagne, le vary be (littéralement le grand riz). Le défrichement se fait en saison sèche, en Septembre/Octobre. Les paysans commencent toujours à défricher une colline boisée par le bas pour remonter ensuite vers les sommets.

 

Le tavy pose de nombreux problèmes écologiques : premièrement, le brûlis à court terme enrichit les sols mais les appauvrit à moyenne échéance, en détruisant l’humus et la couche superficielle qui est en général la plus riche en éléments minéraux. La fertilité des sols décroît en effet très vite dès la troisième année après le premier défrichement. D’autre part, l’érosion, déjà importante dans cette région, est accentués par les tavy : la couverture végétale est trop faible pour assurer une protection mécanique des sols ; les agrégats sont alors détruits par l’action de la pluie, puis emportés par ruissellement. Du fait de l’intensification du ruissellement en amont et de l’absence de drainage en aval, les rizières situées dans les plaines se retrouvent ainsi souvent ensablées ou inondées et les productions de même qu’une partie des surfaces cultivées si précieuses sont perdues.

 

Parallèlement au riz,

 

les agriculteurs cultivent quelques céréales, légumineuses, tubercules, légumes et fruits. Les récoltes les plus importantes sont celles de manioc, de canne à sucre et de patate douce. Dans une autre mesure, on peut observer des parcelles cultivées de cresson, de songes, de brèdes mafane et de plus en plus de concombres, tomates et choux chinois. Il n’y a pas de tradition maraichère dans le village donc peu de savoir faire. Le maraichage a commencé à Manompana avec les programme AICF en 1990, depuis on note une augmentation lente mais progressive du nombre de maraîchers.

 

Il existe un vrai potentiel de vente de produits maraichers dans le village. Toute la production actuelle vient des hauts plateaux et doit parcourir 800km, ce qui augmente considérablement le prix. De plus, il semble y avoir des débouchés importants sur l’île Sainte Marie très demandeuse en légumes pour alimenter les nombreuses structures touristiques.

 

La déforestation 

 

 intense due aux pratiques agricoles, à l’exportation illégale de bois reste la problématique centrale pour l’avenir du pays.

 

Cela cause d’années en années des sécheresses dramatique, une érosions et un lessivage de sols croissant. En effet, on observe depuis ces dernières années, un retard et un raccourcissement des saisons des pluies, une diminution des surface cultivable et de leur fertilité. Bien sur tous cela entraîne une diminution des rendements sur les cultures vivrière. Les paysans n’aillant pas les capacités techniques de s’adapter pour faire face sont contraints à trouver davantage de sources de revenue pour acheter des aliments à l’extérieur.

 

Actuellement, seules les cultures de vanille et de girofle sont susceptibles d’être une source de revenus pour les paysans. Ces deux cultures sont apparues avec la colonisation et se sont perpétrées jusqu’à aujourd’hui. Certains paysans, les plus pauvres, vendent leur riz de qualité et achètent du riz blanc importé moins cher. La différence de prix leur permet de tirer un maigre revenu.

 

Avec la sédentarisation croissante de la population et l’accroissement démographique de ces dernières années, les jachères se sont raccourcies et les sols sont de plus en plus rapidement épuisés et érodés, ce qui entraîne irrémédiablement l’accroissement des activités de défrichage des forêts, rendant possible l’acquisition de nouvelles parcelles exploitables.

 

Les systèmes agricoles même s’ils sont hérités des ancêtres et qu’ils sont chargés de tradition et de valeurs culturelles, ne semblent plus vraiment adaptés aux conditions de vie et au nombre d’habitants à Manompana. Pourtant, ces systèmes n’ont pas encore amorcé de grande transition. Intensifier l’agriculture impliquerait de travailler beaucoup plus. Dans la mesure où tout le monde est atteint de paludisme, accroître son effort de travail présente un risque sanitaire trop important pour que les paysans le prennent.  Changer de pratique culturale implique aussi de se positionner en rupture vis à vis des ancêtres, donc vis à vis de l’ensemble de sa famille. La plupart des Tangalamena (sages du village), par le biais de la parole des ancêtres, exercent donc une forte pression sociale vis à vis de l’innovation surtout en ce qui concerne la culture du riz.

 

La nature a toujours été très généreuse avec les habitants de Manompana: l’eau y est abondante, les fruitiers produisent sans aucun entretien, et même si le sol est de mauvaise qualité et très fragile, les récoltes ont été suffisantes jusqu’à aujourd’hui pour nourrir tout un chacun. Certes, ce n’est pas tout le monde qui mange à sa faim, mais l’entraide familiale, la récolte de produits alimentaires sauvages, et les quelques aides alimentaires qu’ils reçoivent des ONG, suffisent à éviter un grand nombre de cas de malnutrition. Cette situation est peu à peu en train d’évoluer, le changement climatique, l’augmentation de la population, la perte de fertilité de la terre et la non évolution des pratiques agricoles peuvent faire craindre le pire dans les prochaines années.

 

Ainsi, soit les pratiques agricoles et l’acquisition foncière se modifient peu à peu, soit elles se poursuivent de manière totalement illégales et ce au détriment de la forêt et à terme de l’ensemble de la communauté villageoise.

 

C’est dans ce contexte que nous avons voulu agir pour un développement durable de la communauté rurale de Manompana.

 

Pour plus de détails sur le contexte et l’évaluation des besoins et de la demande, voir le rapport d’activité Yapluka 2011.